Écoféminisme radical

Le féminisme est la lutte que mènent les femmes contre la domination et l’hégémonie des hommes.  Cette domination s’exerce sur les enfants, les femmes, les autres animaux, la matière. Son idéologie est fondée sur le suprématisme de l’humain adulte mâle, mesure de toute chose. Elle est le fruit d’une technique autoritaire, d’un pouvoir-sur : la domestication. Ses conséquences sont dramatiques pour tous les êtres vivants. Elle se maintient et se perpétue par une socialisation biocide. C’est pour cela que l’écologie ne doit pas faire l’impasse sur les analyses, les critiques, les combats féministes. Le féminisme radical, anarchiste et universel est seul véritablement révolutionnaire.

Nous luttons pour l’abolition : du genre,  de la prostitution, de la pornographie, de toutes les violences exercées sur les femmes, de la domestication, du racisme, de l’État, du capitalisme, de la civilisation.

Chez tous les peuples actuels, les individus sont assignés à un genre social selon leur sexe biologique.

Cette assignation catégorise les êtres humains selon qu’ils naissent avec une vulve ou un pénis.

L’enfant née avec une vulve sera éduquée en vue d’être une « vraie » femme. C’est-à-dire qu’elle devra satisfaire toutes les prétentions de l’homme. Pour cela il lui faudra correspondre aux normes et stéréotypes féminins : être coquette, douce, discrète, attentionnée, passive, soumise. 

L’enfant né avec un pénis sera éduqué en vue d’être un « vrai » homme. Pour cela il lui faudra correspondre aux normes et stéréotypes masculins : goût pour la compétition, la conquête, l’agressivité, la domination.

Si la femme privilégie l’amour et la sphère domestique, l’homme la sphère publique et la gloire (intellectuelle, guerrière, militante, entrepreneurial, etc.), c’est parce que toute société au service du suprématisme de l’humain adulte mâle exerce son pouvoir sur les individus pour façonner les caractères, les tempéraments, les goûts. 

Les filles ne naissent pas en aimant le rose, les garçons en aimant le bleu. Si les filles sont plus discrètes et soumises c’est parce que les institutions – famille, école, travail, loisir –  leur ont assigné un genre à la naissance et les ont éduquées pour correspondre à ce genre. 

Pour réussir en tant qu’homme, il faut en écraser d’autres. Autant apprendre très tôt à dominer les plus « faibles » : les animaux, les filles, les enfants, les femmes. Pour être de vrais hommes, les enfants mâles apprendront tôt à s’imposer, asservir, exploiter, opprimer. Ces qualités seront encouragées chez les garçons, freinées chez les filles. Pour faciliter la pratique et l’entraînement, les garçons se ligueront pour violenter les filles et tous ceux qui sont efféminés. Très tôt donc, les petits garçons sont encouragés à parader comme des coqs, les filles à se jalouser pour obtenir les faveurs du coq. Le petit garçon est toujours en terrain conquis, la petite fille constamment entravée. C’est que le féminin, idéalement soumis et faible, est la zone de conflits où les mâles s’entraînent, se défient, se soulagent, se déchargent. Le féminin est l’arène dans laquelle les hommes jouent aux toréadors. Comme pour la corrida, la victime est si bien préparée au sacrifice qu’elle n’a pas même l’idée de se défendre. Et lorsque, malgré tout, cela arrive, la victime qui se rebelle est réduite, le plus vite possible, au silence. 

Le genre est toujours coercitif. Il catégorise les individus et divise l’humanité en essentialisant les femmes et les hommes. C’est le genre qui est cause de la dissociation entre sexe et désir, entre corps et esprit.

D’abord, parce que personne n’échappe à la violence de ce système qui réduit voire détruit l’empathie émotionnelle. L’appropriation des corps par les hommes – inceste, viol, prostitution, pornographie, mariage –  masochise les enfants, en particulier les filles. 

D’autre part,  ne pas s’adapter à cette socialisation genrée peut-être cause de profondes souffrances. De nombreuses filles sont casse-cous et fanfaronnes, certains garçons timides et discret. Dans de tels cas, les désirs sont interdits et moqués parce qu’inadéquats avec le genre social assigné au sexe biologique. Cette souffrance se retourne alors contre nous-mêmes et notre corps. Mais haïr notre corps ne permet pas de lutter contre l’hégémonie machiste. Au contraire, la haine de soi profite à la domination. Lutter contre le genre ne doit donc pas se transformer en une lutte contre le corps, contre le sexe.

Les sociétés patriarcales valorisent un genre masculin agressif, compétitif, hégémonique, autoritaire, dominateur, punitif, guerrier. Cette socialisation des mâles est biocide. Elle s’impose par le viol des filles et par la castration des mâles. Conscientes du colonialisme et du racisme des sociétés occidentales, les féministes ont identifiés le rôle de cette socialisation genrée dans l’Hystoire hégémonique de la culture occidentale. Tout ce que l’homme conquiert et asservit porte les stigmates du féminin. La socialisation misogyne est donc au fondement des colonisations, du racisme, de l’exploitation de l’homme par l’homme, de la femme, des enfants, des autres peuples et des autres espèces.  

Tous les hommes ont le pouvoir d’écraser, de bannir, de soumettre, de maltraiter, de tuer. Tous les hommes usent de ce pouvoir, et beaucoup trop, sans honte et sans remord, indifférents aux cris, aux pleurs, aux charniers, jouissent de ce pouvoir. 

C’est pour cela que les féministes, depuis les années 1960, militent pour l’abolition du genre et pour ôter le pouvoir aux hommes, coûte que coûte.

Le sexe biologique est une réalité, comme le corps, la chair, le sang, les os, comme les mammifères sont une réalité, comme la Terre est une réalité. Pour autant, naître avec une vulve ou un pénis ne doit pas définir notre place dans la société. Une fille devrait toujours pouvoir pratiquer l’activité qu’elle souhaite sans craindre le regard, le désir, la violence des hommes. 

Mais trop peu d’hommes auront le courage d’abandonner leur pouvoir. C’est pour cela que les filles doivent développer une sororité révolutionnaire et obliger les hommes à céder. Si nous nous inspirons de nos cousins primates dont nous sommes les plus proches, une des solutions les plus efficiente pour mettre fin à la domination masculine est d’obliger les hommes à établir des alliances avec les femmes et non plus avec d’autres hommes. 

Le féminisme milite contre l’hégémonique machiste et toutes les violences dont elle est la cause : la réification des êtres vivants, la prostitution, la pornographie, le racisme, le capitalisme, le travail, la marchandisation, l’aliénation sous toutes ses formes.

Les inciviliséEs